Les Perceus de Sedan. Violation de frontière et réactions belges pendant la guerre de 1870-1871.

Le 1er septembre 1870, l’armée de Châlons commandée par le Maréchal de Mac Mahon est encerclée à Sedan par deux armées allemandes. Aux abords de la petite place forte, les combats sont d’une rare violence. Les troupes françaises cherchent à rompre l’encerclement mais, pilonnées par l’artillerie germano-prussienne déployée sur les hauteurs environnantes, elles finissent par refluer en désordre à l’intérieur des murs de la cité. Cette défaite sonne le glas du Second Empire. La République est proclamée quelques jours plus tard. La proximité de Sedan avec la Belgique (quelques kilomètres à peine) oblige Léopold II à déployer son armée dans le sud-Luxembourg et pousser ses avant-gardes sur la rivière de la Semois afin d’y surveiller les débouchés des routes transfrontalières. Ce qui devait être, au départ, une opération de sécurisation de la frontière, se transforme rapidement en une vaste entreprise humanitaire. Outre l’arrestation de petites unités de soldats français, l’armée belge doit gérer, dans les heures qui suivent la bataille, un afflux massif de réfugiés français exténués, affamés et souvent blessés. Les historiques officiels ont généralement retenu de cette première expérience guerrière que l’armée belge avait parfaitement rempli sa mission en désarmant tous les soldats franchissant la frontière. Or, une analyse attentive des documents français et belges révèle que plusieurs milliers de soldats français ont franchi la pointe occidentale de la province de Luxembourg sans être inquiétés par les troupes belges. L’analyse des discours justificatifs français et belges, produits pendant et après la bataille, permet de mettre en lumière les implications politiques, juridiques et psychologiques d’une frontière neutre à l’âge des États-nations.